juin 4

L’assurance du Salut – 4 – Inquiétude

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Comme on l’a dit plus haut, et malgré les textes ci-dessus, certains amis chrétiens craignent pour leur salut : se pourrait-il que l’on puisse perdre son salut entre le jour de sa conversion et le jour de sa mort ?

Pour justifier la pertinence de cette question ces frères invoquent un certain nombre de passages qui semblent accréditer ce que l’on pourrait appeler une doctrine de « la perte du salut ».

On se trouve dans la situation évoquée en introduction concernant la découverte de Neptune : un solide corpus doctrinal, et des faits qui paraissent s’opposer à ce corpus.

Dans la suite je vais tenter de montrer que les passages qui semblent s’opposer à la sécurité du salut sont pour l’essentiel interprétés de façon contestable, d’autant plus qu’il n’est jamais dit des personnes visées dans ces textes qu’elles aient un jour manifesté la foi sans laquelle il n’est pas de salut. Voir à ce propos l’ Appendice #1 ci-dessous.

Puis j’aborderai rapidement quelques cas particuliers décrits dans les écritures, selon un choix que j’espère suffisamment large pour répondre, ou donner des éléments de réponse, à l’essentiel des questions restantes.

Les Gens de Hébreux 6 : 4-8

Dans la flottille des trois ou quatre textes utilisés pour « annoncer la perte du salut », celui de l’épître aux Hébreux - chapitre 6 - est le bateau amiral.

  • « Car il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés, qui ont goûté le don céleste, qui ont eu part au Saint-Esprit, qui ont goûté la bonne parole de Dieu et les puissances du siècle à venir, et qui sont tombés, soient encore renouvelés et amenés à la repentance, puisqu’ils crucifient pour leur part le Fils de Dieu et l’exposent à l’ignominie. Lorsqu’une terre abreuvée par la pluie qui tombe souvent sur elle, produit une herbe utile à ceux pour qui elle est cultivée, elle participe à la bénédiction de Dieu; mais, si elle produit des épines et des chardons, elle est réprouvée et près d’être maudite, et on finit par y mettre le feu. »

A son propos la première et décisive question qu’il faut se poser est : qui sont ceux auxquels il est adressé, et dans quel but ?

Il est bien connu que l’épître aux Hébreux est écrite à des juifs, croyants (Hébreux 13 :12-16) et non croyants (Hébreux 4 :1), et ce comme l’épître aux Galates. Dans les deux cas il s’agit de montrer que le Christianisme transcende le Judaïsme. En ce qui concerne l’épître aux Hébreux, l’auteur s’attache à montrer la supériorité de Christ sur l’enseignement et la culture judaïque, en partant des anges pour arriver à la sacrificature, identifiant celle de Christ à celle de Melchisédech – sacrificateur (non juif !) du Dieu Très-Haut. Dans le cas de l’épître aux Galates il s’agit de montrer la supériorité de la foi en Christ sur la loi judaïque, en ce que l’une conduit au salut en affranchissant d’une servitude que l’autre impose. Et les auteurs avaient selon le cas à retenir les croyants de judaïser, ou à attirer les incroyants vers la foi.

Aborder l’étude du texte en référence (Hébreux 6 :4-8) requiert d’en analyser le contexte. Il a ses racines dans le verset 5 :11 où l’auteur réalise qu’ayant abordé l’éternité de la sacrificature christique et l’éternité du salut qui en procède pour tous ceux qui auraient la foi, il est possible qu’il ait, en quelque sorte, « perdu » ses lecteurs. Toutefois il ne veut pas retourner au « lait » de la Parole mais désire s’attacher à donner une « nourriture solide ». D’où ce « laissant les éléments (ceux de Hébreux 5 :12) de la parole de Christ » (v. 6 :1). Ce « laissant » signifie « repoussant » ou « abandonnant », c’est le mot employé en I Corinthiens 7 : 12-13 pour répudier. Mais on imagine mal qu’il faille ici « répudier » les éléments de la doctrine de Christ telle que nous l’entendons. Il s’agit bien plutôt de la doctrine du Messie (Christ) telle qu’ils (les juifs) l’entendaient, accompagnée des choses élémentaires issues de la loi qui sont nommées au v.2 ! Et donc, dit-il, on ne reviendra pas sur ce qui constitue ces choses élémentaires.

Nous sommes donc à pied-d ’œuvre : Les juifs auxquels s’adresse l’écrivain biblique, et qui ont la foi (c.a.d. qui lui obéissent) ne sont pas concernés puisqu’il a dit plus haut que « Christ était pour eux l’auteur d’un salut éternel » (v. 5 :9).

Il s’adresse donc aux autres, ceux qui ne sont pas au bénéfice du salut, et qui rencontrent quelques difficultés à s’extraire du judaïsme. Et il va chercher à les mettre en garde.

Le passage de Hébreux 6 verset 4-8 à l’étude commence par un « car » ; à quoi se rapporte-t-il ? Je suggère qu’il faut chercher le sens de l’ensemble (que je déroule en italique) de la façon suivante, en partant de Hébreux 5 :14 :

  • « La nourriture solide est pour les hommes faits, c’est pourquoi, laissant les enseignements élémentaires (qui sont du lait pour enfants – Hébreux 5 :12-13), tendons à ce qui est parfait… »

Qu’entend-il par « tendons à ce qui est parfait (teleiotes)» ?

Ce qui est parfait c’est Christ comme il est dit au verset Hébreux 5 :9 (« il a été élevé à la perfection - teleioo », voir aussi Hébreux 7 :28) ; on peut y associer Hébreux 9 :11 ; Jacques 1 :17 , et, par antithèse, la loi dont il est dit qu’elle ne peut rendre parfait (Héb 9 :9), c.-a.-d. conduire aux choses d’en-Haut.

D’où le « car »

  • « car il est impossible....à ceux qui ratiocinent devant salut offert par celui qui a été élevé à la perfection – Christ - d’être relevés s’ils tombent. »

Ce faisant il évoque le jugement sans appel qui tombera sur les hésitants, ceux qui comme des enfants reviennent toujours aux mêmes enseignements élémentaires (v. 1 et 2), et qui tomberont. Sous le vocable « ratiociner » j’englobe goûter, accompagner etc.…cf.v. 4-5

Ainsi, « goûter au don céleste », c’est-à-dire à Christ – la Parole de Dieu, est loin de décrire la violence de conversion (Luc 16 :16), non plus que l’engagement d’une totale soumission à Christ (cf. Préambule) qu’elle sous-tend.

Le mot traduit par « participant » dans « qui ont eu part au Saint-Esprit » est le mot « metochos » que l’on retrouve dans le sens de compagnons dans Luc 5 :7, Hébreux 1 :9 (collègues). Ici sa concomitance au fait d’avoir « gouté au don céleste » en affaiblit le sens. De toute façon, s’il avait voulu insister sur une union forte avec le Saint-Esprit, l’auteur aurait utilisé le mot « koinonos » (voir son occurrence en Hébreux 10 :33 ; 2 Pierre 1 :4), plus puissant que « metochos », selon l’emploi de l’apôtre de Pierre :

  • « il nous a donné les très grandes et précieuses promesses, afin que par elles vous échappiez à la corruption qui existe dans le monde par la convoitise et que vous ayez part (koinonos) à la nature divine.» 2 Pierre 1 :4

La suite, et je m’arrêterai là au regard du but poursuivi, dit :

  • « en effet ceux qui tombent crucifient pour leur part le Fils de Dieu et l’exposent à l’ignominie. »

Ceux qui tombent après avoir ergoté reviennent à leur statut initial de juif rejetant l’œuvre de Christ, le statut même de ceux qui l’ont crucifié. Ils sont comme tous ces gens qui l’ont côtoyé, l’ont touché, l’ont accompagné, ont goûté à son enseignement, mais qui lui ont préféré Barabas en cette Pâque de larmes. Ils sont comme Judas.

Or il semble inéluctable que ceux qui se contentent de goûter aux choses de Dieu sans jamais faire l’engagement de l’abandon entre Ses mains, tombent un jour (Hébreux 10 :26..). Ils sont entre les mains du Diable ! En ce qui les concerne le jugement de Dieu est scellé. L’histoire l’a confirmé au moins en l’an 70 de notre ère.

En conclusion ce texte d’Hébreux 6 :4-8 cherche à mettre en garde ceux qui hésitent à se donner à Christ (dans l’actuel contexte, aux juifs), mais en aucun cas n’annonce une quelconque « perte de salut » pour ceux qui sont sauvés. Voir aussi Appendice 1 ci-dessous

Les Gens de Hébreux 10: 26-29

Notons en préambule que comme le texte de Hébreux 6 :4-8, celui-ci est précédé d’un car. Ce qui signifie que, comme précédemment, il se « branche » sur ce qui précède.

  • « Car, si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il ne reste plus de sacrifice pour les péchés, mais une attente terrible du jugement et l’ardeur d’un feu qui dévorera les rebelles. Celui qui a violé la loi de Moïse meurt sans miséricorde, sur la déposition de deux ou de trois témoins ; de quel pire châtiment pensez-vous que sera jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura tenu pour profane le sang de l’alliance, par lequel il a été sanctifié, et qui aura outragé l’Esprit de la grâce? » Hébreux 10 :26-29

Ce qui précède est l’ensemble du passage (Hébreux 10 :19-25), qui se conclut par Hébreux 10 : 25 « n’abandonnons pas notre assemblée », qui est le lieu où nous pouvons veiller les uns sur les autres, et où nous pouvons nous exhorter mutuellement. L’auteur biblique rappelle ici implicitement que l’assemblée est par excellence le lieu où le croyant est protégé.

Nous sommes en présence de gens qui, ayant été pleinement éclairés (epignosis) concernant la vérité, pêchent volontairement. Et la question est : quel est le statut de ces gens ?

La première épître de Jean nous répond : ils sont perdus,

  • « Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui ; et il ne peut pécher, parce qu’il est né de Dieu. » (I Jean 3 :9 voir aussi I Jean 5 :18).

Et plus précisément ils ont toujours été perdus, car si cela n’avait pas été comment auraient-ils pu entrer dans la pratique du péché qui leur est interdite. Mais dira-t-on « tout en eux semblait manifester le salut » !! Certainement, mais il y avait quelque chose au tréfonds de leurs âmes qui le refusait ; Dieu seul le connaît et l’expérience du salut le révèle.

Maintenant reste une question délicate : Il est dit de l’apostat « qu’il tient pour profane (sans valeur) le sang de l’alliance, par lequel il a été sanctifié. ». Il n’est pas dit ici qu’il ait été justifié par le sang de l’alliance mais sanctifié. Être sanctifié signifie essentiellement être séparé. On voit en 1 Corinthiens 7 :14 « le mari non-croyant est sanctifié par la femme, et la femme non-croyante est sanctifiée par le mari », et il ne s’agit pas de salut, mais de protection divine.

Je suggère qu’ici, dans le contexte des versets 24-25 qui parlent de l’assemblée et de la protection qu’elle procure, l’auteur nous dit justement que ceux qui sont perdus l’étaient déjà mais ne le manifestait pas, sanctifiés qu’ils étaient par cette assemblée et la prédication de l’alliance et de son sang (Voir Appendice 1 ci-dessous).

On ne voit pas de foi en eux (Voir Appendice 4 ci-dessous). Or quelques versets plus loin l’auteur dit de façon parfaitement claire « Mon juste (mon justifié) vivra par la foi ; mais, s’il se retire (certaines traductions disent « si quelqu’un se retire... » comme ceux du v. 25, c’est une hypothèse de travail comme l’indique la suite), mon âme ne prend pas plaisir en lui. Nous, nous ne sommes pas de ceux qui se retirent (qui désertent) pour se perdre (comme ceux des v. 26-29), mais de ceux qui ont la foi pour sauver leur âme (c.-a.-d. être justifiés) ... »

Il se pourrait que ces gens soient essentiellement les mêmes que ceux de Hébreux 6 4-8. Dans un cas il est dit « qu’il n’est plus de sacrifice pour leurs péchés », et dans l’autre « qu’ils ne peuvent être amenés à la repentance puisqu’ils crucifient pour leur part le Fils de Dieu et l’exposent à l’ignominie »

Les Gens de Galates 5: 4

Le texte de Gal 5 :4 décrit cette fois encore une hésitation, celle de juifs tiraillés par le choix de la voie à suivre pour assurer leur salut. Est-ce par la grâce, ou par la loi, ou bien encore par la grâce avec un petit peu de loi ?

En réalité, ceux qui se sont donnés à Christ selon Jean 3 :16 (par exemple, c.-a.-d. avec une pleine compréhension de l’acte christique du salut) ne peuvent pas revenir en arrière en implorant la loi (avec circoncisions etc ...Galates 5 :2-3) car s’ils s’engagent dans cette voie ils montrent qu’ils n’ont pas compris au tréfonds de leur être que le salut repose uniquement sur la justification par foi (Romains 5 :1) dans le sacrifice rédempteur de Christ. S’ils ne l’ont pas compris c’est qu’ils ne sont pas sauvés, jusqu’au moment où ils l’auront compris, avec l’aide de Dieu, si Dieu le permet. C’est l’exigence du salut. Car le salut est exigeant, et l’accession au salut révèle ce qu’il y a dans l’homme (Jean 2 :23-25).

Lorsque l’apôtre dit « vous êtes déchus de la grâce » il fait, dans ce passage, référence à la grâce en tant qu’alternative à la loi, et il les regarde (loi et grâce) comme deux voies ayant pour objet de conduire à un même but, le salut.

Il ne dit pas « vous êtes déchus du salut ».

Le salut est un but, lorsqu’on l’a atteint on sait qu’il est atteint car « L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » (Romains 8 :16). Ainsi l’Eternel sait, et nous savons, parce qu’Il nous le dit, que le but est atteint. Et comment peut-on envisager qu’Il dise un jour, « vous n’êtes plus enfant de Dieu, vous le fûtes pour un temps, mais c’est fini » ?

Les faux docteurs de 2 Pierre 2

Il s’agit cette fois de faux docteurs, dont il est intéressant de remarquer qu’ils sont mis en parallèle avec les faux prophètes de l’Ancien Testament. Les uns enseignent les choses de Dieu à partir des textes divins, les autres parlent de la part de Dieu ; mais les uns et les autres peuvent être affublés de l’adjectif « faux ». Les faux docteurs sont décrits de façon très similaire dans l’épître de Jude (il y a 19 versets en commun entre 2Pierre 2 et Jude). Une chose toutefois distingue clairement les deux épîtres : la première est au futur, la seconde au présent, ce qui peut signifier que la première anticipe des événements que la seconde décrit.

Les faux docteurs se reconnaissent à leur cupidité, leurs tromperies, leurs dérèglements. Mais il est aussi dit à leur propos qu’il fut un temps où « ils avaient échappé aux souillures du monde par la connaissance de Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur, ... où ils avaient connu la voie de la justice » 2Pierre 2 :20-21.

Etant « docteurs » ils sont fort instruits dans les choses de Dieu. Ils ressemblent donc beaucoup à ceux dont j’ai parlé à propos des gens de Hébreux 6 et Hébreux 10. Ils ont le même parcours. Ils sont promis à la même fin (2Pierre 2 :22, Hébreux 6 :8, Hébreux 10 :26-27).

Il reste que dans ce texte une expression interroge car il est dit « qu’ils renièrent celui qui les a rachetés» 2 Pierre 2 :1 (Version LSG-NEG)


    1. Il s’agit en grec du mot « agorazo », issu du mot « agora » qui signifie place publique. Il se trouve 27 fois dans le Nouveau Testament.
    2. Dans la version Segond (LSG-NEG) il est traduit 24 fois par « acheter» (par exemple Jean 4 :8 ; Jean 13 :29 ;....), et 3 fois par « racheter»: 1 Corinthiens 6 :20 ; 1 Corinthiens 7 :23 ; 2 Pierre 2 :1.
    3. Mais dans les versions Darby, NBS (Nouvelle Bible Segond) regardées comme des références, et dans les 6 bibles anglaises majeures, il est toujours traduit, et ce de façon cohérente avec l’usage du mot « agorazo », par acheter.
    4. Or il existe 3 mots en grec pour « racheter » dont un a été précédemment utilisé par le même apôtre Pierre : 
      • « exagorazo » où la construction (ex-..) fait apparaître le processus d’extraction (Galates  3 :13, Galates 4 :5 ; le préfixe ex – hors de - se rapporte à la loi en Galates),
      • « lutroo » rachat avec emphase sur la délivrance (Luc 24 :21 ; Tite 2 :14 ; 1 Pierre 1 :18)
      • « apolutrosis » libération effectuée suite au paiement d’une rançon – rédemption (Romains 3 :24 ; ...)

Lorsqu’il veut parler de notre rachat, du rachat de chrétiens, l’apôtre utilise le mot « lutroo » !

Quand il veut parler d’achat le même apôtre utilise le mot « agorazo ».

Ainsi, par son sang Christ a acheté les faux docteurs de 2Pierre 2 (cf. 1 Jean 2 :2, 1 Timothée 2 :6) ; mais, à l’instar de Balaam, ne s’étant jamais soumis à leur au maître, et donc à celui qui les a achetés, ils n’ont jamais été sauvés !! Voir aussi Appendices 1 et 3


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